Pourquoi peignons-nous… ?

Épisode 1 , L’arbre : simple sujet d’étude ou besoin de s’ancrer ?

Il y a des périodes où, dans mon atelier, un même sujet revient encore et encore.

En ce moment, ce sont les arbres.

Des troncs, des branches, des écorces…
Certains apparaissent de manière très figurative, d’autres deviennent presque abstraits. Certains sont puissants, d’autres fragiles. Certains semblent solitaires, tandis que d’autres se rapprochent jusqu’à former une véritable forêt.

Et je me suis posé une question :

Pourquoi peignons-nous les arbres ?

Est-ce simplement parce que c’est un joli sujet à observer et à travailler ?

Ou est-ce que, parfois, nous ne choisissons pas vraiment notre sujet… mais qu’il vient répondre à quelque chose de plus profond en nous ?

L’arbre : une histoire de racines

Quand on regarde un arbre, on voit d’abord ce qui est au-dessus de la terre.

Le tronc.
Les branches.
Les feuilles.
Les fruits.

Mais l’essentiel de sa stabilité se trouve ailleurs.

Sous nos pieds.

Les racines permettent à l’arbre de s’ancrer, de puiser dans la terre ce dont il a besoin et de résister aux intempéries.

Et nous, où sont nos racines ?

Qu’est-ce qui nous permet de rester debout lorsque la vie souffle un peu plus fort ?

Notre famille ?
Nos souvenirs ?
Notre maison ?
Nos valeurs ?
Les personnes qui nous entourent ?
Nos passions ?

Peut-être que nous avons, nous aussi, besoin de nous sentir reliés à quelque chose.

L’arbre connaît les saisons

Ce qui me touche particulièrement dans l’arbre, c’est son rapport au temps.

Il ne cherche pas à rester éternellement dans la même saison.

Au printemps, il renaît.

En été, il se déploie.

À l’automne, il laisse tomber ses feuilles.

Et en hiver, il entre dans une forme de dépouillement.

Il ne considère pas la perte de ses feuilles comme un échec.

Il sait simplement que c’est le moment.

Et il attend.

Puis, lorsque le printemps revient, quelque chose recommence.

Nous sommes finalement assez proches de ce fonctionnement-là.

Nous connaissons nous aussi des périodes d’expansion et d’autres de retrait. Des moments où nous avons envie de créer, de partager, de bouger… et d’autres où nous avons besoin de nous retrouver, de nous protéger, de laisser tomber certaines choses.

Peut-être que nous oublions simplement que nous faisons partie du même cycle que le vivant qui nous entoure

Et puis il y a l’écorce…

C’est peut-être ce qui m’attire le plus dans les arbres.

L’écorce.

Ses fissures.
Ses cicatrices.
Ses reliefs.
Ses couleurs.
Ses irrégularités.

Un tronc porte les traces de son histoire.

Il ne cherche pas à les cacher.

Et finalement, n’est-ce pas aussi ce que nous faisons lorsque nous peignons ?

Nous superposons.

Nous recouvrons.

Nous gratttons.

Nous laissons apparaître.

Nous ajoutons de la matière.

Nous revenons dessus.

Et parfois, une trace que nous pensions devoir effacer devient justement la partie la plus intéressante du tableau.

C’est quelque chose que j’aime particulièrement transmettre dans mon atelier : ne pas chercher à faire disparaître toutes les imperfections, mais apprendre à regarder ce qu’elles peuvent raconter.

Alors… pourquoi peignons-nous des arbres ?

Je n’ai évidemment pas une réponse unique.

Et c’est justement ce qui m’intéresse.

Pour certains, l’arbre sera simplement un magnifique sujet de peinture.

Pour d’autres, il sera un exercice de composition, de matière ou de couleur.

Et peut-être que pour certains d’entre nous, sans même que nous en ayons conscience, il représente aussi quelque chose d’autre :

le besoin de prendre racine.

Le besoin de ralentir.

De retrouver notre verticalité.

De sentir que nous sommes là.

Reliés à la terre, tout en continuant à chercher la lumière.

C’est peut-être pour cela que les arbres reviennent si souvent dans mon atelier.

Et c’est peut-être pour cela que je vais commencer une nouvelle série d’articles autour de cette question :

Pourquoi peignons-nous… ?

Après les arbres, peut-être parlerons-nous de la mer.

Des paysages.

Des fleurs.

Des chemins.

Des maisons.

De ces sujets que nous croyons simplement représenter alors qu’ils peuvent parfois raconter beaucoup plus de choses sur nous-mêmes.

Parce que peindre, ce n’est pas toujours représenter ce que l’on voit.
C’est parfois révéler ce que l’on ressent.

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